

Machu Picchu…
Un vol mythique fortement déconseillé…
12/01/08 : Il est 17h, je viens de sortir de prison. Les policiers péruviens se réunissent autour de moi pour une dernière photo de groupe. On me rend mon aile et mon appareil photo. Je suis pieds nus et trempé, mais je suis libre.
Certains me serrent la main avec admiration… J’affiche un grand sourire, je ne le cache pas : je suis assez fier de moi...
Voici l’histoire d’un vol mythique fortement déconseillé :
Je suis arrivé au Pérou, il y a trois semaines et l’idée de voler du Machu Picchu m’habite depuis le premier jour. Me voilà enfin au pied de la montagne sacrée, armé d’une sellette légère (Altirando,SUP’AIR) et de mon aile accro GRADIENT ( Aspen 2 freestyle.) Le tout fait 6 kilo. Je n’emporte pas de casque et pas de parachute de secours. Trop encombrant et peu discret.
Après trois heures d ascension qui me rappellent le Red Bull X-Alps (où je représentais la Belgique en 2007 avec Loïc Cardon) j’arrive à l entrée du parc avec mes complices. Cela s’annonce plutôt mal, il est formellement interdit d’entrer dans la cité avec un sac à dos. Je décide donc de me faire passer pour un photographe professionnel muni de son matériel et j’obtiens une autorisation exceptionnelle…Je suis à l’intérieur du site depuis 5 minutes et déjà les gardes m’interrogent sur le contenu de mon sac. Je réponds de manière évasive et comprends vite qu’il ne faut pas s’attarder. Je m’enfonce dans la jungle en bordure du site pendant que mes complices, Edouard, Charles et Owen cherchent un décollage praticable. Je prépare rapidement mon aile entre les arbres et les lianes.
Mon coeur bat à du 100 à l‘heure. Le décollage m’attend, il faut faire vite. Il s’agit d’ une terrasse juste assez large pour ouvrir une aile et qui termine sur une falaise surplombant la jungle. Il n’y a pas de vent, c’est parfait. La voie est libre, pas même un garde en vue. Je sors de la jungle en courant avec mon aile en corolle sur le dos. Édouard et Owen ouvrent la voile. L‘aile se gonfle sans difficulté et trois secondes plus tard, je suis en vol.
Un cri de joie s’échappe, ça y est, je survole le Machu Picchu . Les flashs des touristes clignotent, je me sens en vie… D’ici je peux voir les gardes fondrent sur mes complices. Bonne chance les gars.
Le vol est assez court et déjà il faut penser à l’atterrissage.Une plage de cailloux au milieu de la rivière devrait faire l’affaire. J’atterris entre les rochers et déjà j’entends des aboiements résonner dans la vallée. Ils n’ont pas traîné. Il est temps de disparaître. Alors que je traverse la rivière avec mon sac en équilibre sur ma tête, arrivent trois gardes armés de machettes et suivis d un chien pas commode. Ok, je me rends : « tranquilos amigos … »
Je leur dis de se calmer, sans quoi je resterais au milieu du rio. L’eau m’arrive à la taille et visiblement ils n’ont pas envie de se mouiller. Tout le monde finit par se calmer et je monte sur la berge. Ils m’arrachent mon sac violement et m’ordonnent sèchement de m’asseoir en attendant la police. Vingt minutes plus tard, je marche sur la voie de chemin de fer qui mène au village escorté de deux policiers en uniforme. Je suis trempé, je crève de faim et pour ne rien arranger, je suis menotté… Cette marche d’une heure jusqu au village tombe à pic. J’ai le temps d’organiser un plan, de construire dans ma tête une histoire qui va leur plaire. Mais surtout, j’essaye de sympathiser avec mes deux nouveaux amis. Fatigués de marcher, ils décident d’arrêter un train en marche. Nous montons tous les trois et quelques minutes plus tard nous arrivons aux portes du commissariat.
Le commissaire en place prend l’histoire très au sérieux. Le responsable de la sécurité du parc, pour sa part, me glisse dans l’oreille: « je vais en faire une affaire personnelle ». Apparemment cette aventure ne fait rire personne sauf moi. Ils me lisent froidement mes droits, et désignent un policier bourru pour me surveiller.
Le commissaire me demande discrètement combien vaut le matériel, la négociation va probablement commencer. La corruption est monnaie courante ici.
C’est alors qu’après trois heures de palabres sans résultats à propos d’une éventuelle amende ou d’une peine de prison ils se prennent de curiosité pour le matériel. L’aile est ouverte au sol et je montre au commissaire comment se placer dans la sellette. Ils s’excitent comme des gosses et déjà je peux voir qu’ils s’imaginent en vol. Dans le fond de mon sac, ils trouvent ma veste peak performance aux couleurs du Red Bull X-Alps. Vu l’intérêt qu’ils manifestent pour la veste, je comprends vite que je tiens là une porte de sortie. Je ne vais pas la laisser passer. 10 minutes plus tard, tous les policiers du village s’affairent autour de l’ordinateur du commissaire connecté au site www.redbullxalps.com . Ils passent ma photo en revue ainsi que tous les films mis en ligne. Toujours enfermé, je peux entendre la bande-annonce du Red Bull X-Alps tourner en boucle. J’ai du mal à ravaler mon sourire lorsque je les entends réagir en choeur : « waaaaw, hoooo… » devant les images aériennes des alpes enneigées et les prouesses des athlètes . Toute cette histoire devient surréaliste.
Une heure plus tard, le commissaire vient me libérer. Le prestige de Red Bull et du Red Bull X-Alps ont changé leur regard sur moi et mon aventure. Je n y crois pas…
Je les entends parler de parapente, de la violente fermeture de Martin Muller et de la neige recouvrant l’Eiger. Certains se vantent même d’avoir déjà bu du Red Bull, c’est incroyable.
Visiblement tout le monde se prépare pour une photo de groupe, le commissaire se place au centre, il porte ma veste…
12/01/08 : Il est 17h, je viens de sortir de prison…